Platon

Philosophe antique, Platon a, avec Aristote, fondé certains de nos cadres de pensée de ce que sont la réalité, la vérité ou encore la connaissance. Sans pour l’instant rentrer dans les détails de sa pensée, et les débats et tensions entre les approches platoniciennes et aristotéliciennes, une lecture directe de ses textes est nécessaire.

Dans le livre V de La République, il aborde les questions de la théorie et la pratique dans la cité idéale, ce qui l’amène à développer sa réflexion sur ce que sont les connaissance et l’opinion. Dans le Phédon, il propose une méditation sur sa théorie des idées qui y fait écho.

Après une première lecture attentive, prenez le temps de lire les questions proposées plus bas, puis de lire à nouveau le texte pour formuler vos éléments de réponse.


Platon La République « Livre V« 

  • La pensée de cet homme qui connaît mérite donc selon nous le nom de connaissance ; celle de l’autre, qui juge sur l’apparence, le nom d’opinion (…) Il est clair que nous sommes d’accord sur ce point, que la science et l’opinion diffèrent.
  • Oui.
  • Chacune d’elles ayant un effet différent est donc faite pour un objet différent ?
  • Nécessairement.
  • Or la science, n’est-ce pas ? a pour objet l’être et le connaît en son essence.
  • Oui.
  • Mais l’opinion, disons-nous, saisit les apparences ?
  • Oui.
  • Connaît-elle la même chose que la science, et la même chose peut-elle tomber à la fois sous la connaissance et l’opinion, ou est-ce impossible ?
  • C’est impossible, dit-il, d’après les principes que nous avons admis. S’il est vrai que les facultés ont des objets différents, si d’ailleurs la science et l’opinion sont l’une et l’autre des facultés, et des facultés différentes, comme nous l’affirmons, il s’ensuit que la même chose ne peut être à la fois l’objet de la science et de l’opinion.
  • Dès lors si l’objet de la science est l’être, celui de l’opinion sera autre chose que l’être ?
  • Oui.
  • Sera-ce le non être, ou est-il impossible aussi que le non être soit l’objet de l’opinion ? Réfléchis : celui qui a une opinion ne l’a-t-il pas sur quelque chose, ou peut-on avoir une opinion qui ne s’applique à rien ?
  • C’est impossible.
  • Ainsi celui qui a une opinion l’a sur quelque chose ?
  • Oui.
  • Mais le non être n’est pas une chose, il n’est rien, à parler exactement.
  • Assurément.
  • Au non être nous avons dû rapporter l’ignorance, et à l’être la connaissance.
  • Avec raison, dit-il.
  • L’opinion ne s’applique donc ni à l’être, ni au non être.
  • Non, en effet.
  • Par conséquent l’opinion ne saurait être ni l’ignorance, ni la connaissance.
  • Il ne semble pas.
  • Est-elle donc en dehors des deux et, surpasse-t-elle la connaissance en clarté ou l’ignorance en obscurité ?
  • Ni l’un ni l’autre.
  • Mais alors, repris-je, l’opinion te semble plus obscure que la connaissance et plus lumineuse que l’ignorance ?
  • De beaucoup, dit-il.
  • Elle est donc entre les deux ?
  • Oui.
  • L’opinion est donc quelque chose d’intermédiaire entre l’une et l’autre ?
  • Certainement.
  • N’avons-nous pas dit précédemment que, si nous trouvions quelque chose qui fût à la fois et ne fût pas, cette chose tiendrait le milieu entre l’être pur et le non être absolu, et qu’elle ne serait l’objet ni de la science, ni de l’ignorance, mais d’une faculté qui apparaîtrait entre l’ignorance et la science ?
  • Nous l’avons dit avec raison.
  • Or nous venons de voir que cette faculté intermédiaire est ce que nous appelons l’opinion.
  • Oui.

Questions : 

  • Comment Platon définit-il la connaissance et l’opinion ?
  • Comment les positionne-t-il l’une par rapport à l’autre ?

Platon Phédon

« Socrate – tant que nous aurons le corps, et qu’un mal de cette sorte restera mêlé à la pâte de notre âme, il est impossible que nous possédions jamais en suffisance ce à quoi nous aspirons ; et, nous l’affirmons, ce à quoi nous aspirons, c’est le vrai. Le corps en effet est pour nous source de mille affairements, car il est nécessaire de le nourrir ; en outre, si des maladies surviennent, elles sont autant d’obstacles dans notre chasse à ce qui est. Désirs, appétits, peur, simulacres en tout genres, futilités, il nous en remplit si bien que, comme on dit, pour de vrai et pour de bon, à cause de lui, il ne nous sera jamais possible de penser, et sur rien. Prenons les guerres, les révolutions, les conflits : rien d’autre ne les suscite que le corps et ses appétits. Car toutes les guerres ont pour origine l’appropriation des richesses. Or, ces richesses, c’est le corps qui nous force à les acquérir, c’est son service qui nous rend esclave. Et c’est encore lui qui fait que nous n’avons jamais de temps libre pour la philosophie à cause de toutes ces affaires. Mais le comble, c’est que même s’il nous laisse enfin du temps libre et que nous nous mettons à examiner un problème, le voilà qui débarque au milieu de nos recherches ; il est partout, il suscite tumulte et confusion, nous étourdissant si bien qu’à cause de lui nous sommes incapables de discerner le vrai. Pour nous, réellement, la preuve est faite : si nous devons jamais savoir purement quelque chose, il faut que nous nous séparions de lui et que nous considérions avec l’âme elle-même les choses elles-mêmes. Alors, à ce qu’il semble, nous appartiendra enfin ce que nous désirons et dont nous affirmons que nous sommes amoureux : la pensée. Cela, une fois que nous aurons cessé de vivre, et non pas – tel est le sens du raisonnement – de notre vivant. »

Questions : 

  • Pour Platon, comment pouvons-nous « discerner le vrai » et « savoir purement quelque chose » ?
  • Nous faut-il vraiment rejeter le corps et l’opinion pour pouvoir penser ? Est-ce possible ?

Pour aller plus loin : Platon, La République, Livre V, 475-479.